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samedi 27 décembre 2008

Sur Les 7 du Québec: Dick Cheney admet avoir autorisé la torture, passible de peine de mort

Les 7 du Québec


Ce texte a été publié sur Les 7 du Québec le 27 décembre 2008

Dick Cheney admet avoir autorisé la torture, passible de peine de mort

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Plusieurs personnes ont été jugées et ont reçues la peine de mort à la fin de la Deuxième Guerre mondiale lors des jugements de Nuremberg pour avoir commis, autorisé et ordonné l’usage de différents techniques de torture telle que la torture par l’eau (waterboarding). Nous avons jugé qu’ils représentaient des crimes de guerre graves et ces responsables furent pendus.

Mais qu’à cela ne tienne, Dick Cheney a admis pour la seconde fois, et ce, en pleine télévision nationale aux États-Unis, qu’il avait autorisé l’usage de la torture dans les prisons américaines réparties un peu partout dans le monde dont les tristement célèbres en Afghanistan, Irak et Guantanamo pour ne nommer que celles-là. Un rapport du Sénat américain a aussi confirmé la responsabilité de la torture de plusieurs hauts échelons du gouvernement Bush, incluant George W. Bush et Dick Cheney, sans oublier l’ancien Secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld.

Le FBI a pointé du doigt le Président Bush pour avoir autorisé la torture à Abu Ghraib, à Bagdad. La Croix Rouge a remis un rapport accusant la CIA de torture. Amnesty International accuse les États-Unis d’être devenu le premier pays en liste à éviter leur responsabilité en matière de violation des droits humains dans le monde, au nom de la sacro-sainte guerre au terrorisme.

C’est que depuis le 11 septembre 2001, la torture est devenue, aux États-Unis, une pratique d’État politiquement et juridiquement justifiée par la ” guerre globale contre la terreur “. Pour certains éminents penseurs américains, la torture serait un mal nécessaire, voire un bien, dans certaines situations de menace extrême. Comment comprendre cette dramatique régression de la “première démocratie” ?

Ces techniques “d’interrogatoire coercitif ” sont le résultat de recherches scientifiques entreprises par l’armée américaine dès les années 1950. Plusieurs techniques ont été élaborées durant la guerre froide selon les méthodes de torture que les Américains craignaient voir employées sur leurs soldats capturés par leurs ennemis.

Plus de 100 000 pages de documents du gouvernement américain existent pour prouver que la torture n’est pas l’oeuvre de quelques mauvaises pommes, mais fut bien autorisée au plus haut niveau du régime Bush, de la CIA et de l’armée. Sur le plan juridique, les justifications de la torture seront légalisées par le Congrès américain, ce qui mènera à la création d’un véritable archipel mondial de la torture. Mais il ne faudrait pas oublier le rôle crucial que l’ancien attorney général des États-Unis, Alberto Gonzales a joué pour légaliser l’usage de techniques de torture comme le waterboarding.

Le 25 janvier 2002, Alberto Gonzales remit au président Bush un mémo indiquant que « la guerre au terrorisme est une nouvelle forme de guerre », « ce nouveau paradigme rend obsolètes les strictes limitations des Conventions de Genève sur l’interrogatoire des prisonniers ennemis et rend caduques certains de leurs dispositions », une analyse en droite ligne de celle qu’il avait formulée au Texas sur l’applicabilité de la Convention de Vienne. C’est en vertu de ce document que les prisonniers détenus à Guantanamo ne sont pas protégés par les Conventions de Genève.

Le 1er août 2002, Alberto Gonzales franchit un pas de plus en approuvant dans un nouveau mémo le recours à la torture. C’est ce document qui a servi de base légale à la généralisation de la torture en Afghanistan et en Irak, notamment sur la base militaire de Bagram et à la prison d’Abu Ghraib. (Source)

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Les conséquences sont graves: 600 prisonniers sont détenus depuis cinq ans dans la prison de Bagram, en Afghanistan, sans être accusés ni reconnus coupables de quoi que ce soit. Ils n’ont aucun recourt judiciaire pour se défendre. En Irak, ils sont plus de 10 000 à être emprisonnés sans qu’aucune charge ne pèse contre eux, ni aucune évidence pour les incriminer. La torture est largement employée dans ces réseaux de prisons connues et secrètes où l’ont retrouve une bonne quantité de femmes et d’enfants. Si vous n’avez pas vu le documentaire Taxi to the dark side, ne manquez pas d’y jeter un coup d’oeil.

Alors pourquoi admettre avoir autorisé l’usage de la torture? C’est que ces gens se considèrent au-dessus de la loi. Ils ont carrément commercialisé la torture en la donnant à contrat à des firmes de mercenaires privés et ils l’ont exporté vers des pays où la torture est admise. Elle est devenue un jeu sans raison et si les évidences peuvent nuire, on n’a qu’à les détruire comme la CIA l’a fait.

Nos descendants observeront ce que nous aurons décidé de faire face à ce choix de société. Nous serons considérés comme des gens qui acceptaient ou refusaient la torture. Historiquement, la torture n’a jamais réussi à faire obtenir des informations valides et n’augmente pas la sécurité. Elle ne sert qu’à faire admettre ce que le bourreau ou l’État veut faire admettre dans le but de satisfaire son agenda particulier. La victime admettra n’importe quoi pour faire cesser la douleur. Elle cherchera à savoir et dire ce que le bourreau veut entendre. Prenez le cas du 9/11: Cheney demanda à ce que Khalid Sheikh Mohammed soit torturé à l’aide du waterboarding pour lui faire avouer qu’il était un des responsables des attaques. KMS fera plus que cela, il avouera qu’il était aussi responsable de la planification d’une attaque terroriste sur la Plaza Bank quatre ans avant même que la banque en question ne soit construite!

Ceci est une complète déshumanisation et retour à une sombre forme de folie fasciste du temps des nazis, si ce n’est pire, car maintenant ils ont même l’audace de légaliser et légitimer cette torture. C’est une honte, une horreur sans nom.

Donc, tous les éléments sont présents pour faire appliquer la loi à tous les responsables. Il s’agit de savoir ce que la population en fera. Si nous laissons Harper, Obama et ses conseillers passer le dossier de la torture sous silence, cela nous rendra complices et responsables de facto en donnant tacitement notre consentement. Mais attention: si nous sommes d’accord avec ces nouvelles valeurs, c’est que nous acceptons aussi que ces méthodes puissent être appliquées contre nous et nos soldats s’ils sont capturés par des adversaires ou par nos gouvernements. Nous ne sommes pas à l’abris de cette dangereuse dérape. Cela s’applique autant aux étrangers que les populations à l’intérieur des États-Unis et du Canada. Rappelez-vous du cas de Maher Arar et des milliers d’autres innocents qui se retrouvent dans ce nouveau type de Goulag qu’est ce réseau de prisons secrètes de la CIA dans le monde depuis des années, un véritable trou noir où aucune loi ni droit n’existe. Ils ont disparu et ils sont devenus la propriété des É-U, qui eux, se donnent le droit de vie et de mort sur chacun d’eux, comme dans le bon vieux temps féodal du Moyen Âge. Les enfants n’y échappent pas.

La torture devient le venin de la démocratie et de nos sociétés. En acceptant de briser les corps des hommes et des femmes “ennemis”, menant parfois jusqu’à la mort, elle mine inévitablement les principes mêmes de l’État de droit, corrompant la société tout entière. Cuba a compris ceci et demande aux États-Unis de récupérer Guantanamo dans le but de faire fermer cette horrible prison qui s’y trouve.

Et nous, que ferons-nous? Pensez-y, mais ne soyez pas silencieux. C’est cette indifférence qui nous mène à commettre des atrocités. Malheureusement, il semble que les expériences de Stanford et de Milgram soient encore vraies aujourd’hui: nous sommes rapidement prêts à torturer notre prochain si une figure autoritaire nous le demande.

La pire chose que nous pouvons faire à autrui n’est pas de les haïr, mais bien de leur être indifférents, car c’est l’essence même de ce qui nous rend inhumain.


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